Les souvenirs sont une bien belle maladie. Où qu’ils soient, ils envahissent l’esprit comme un cancer, prenant la forme d’une petite poudre grisâtre dont on ne peut se débarrasser mais dont les métastases ne sont jamais bien nocifs. Comme la poussière, on peut toujours souffler dessus, elle s’envole mais ne disparaît pas, la poudre n’est que diluée dans l’air pour se réintroduire en nous par le nez, par la gorge, par les yeux. Souvent elle fait éternuer et l’air recraché ne fait que remuer une deuxième fois ces particules volatiles qui n’ont d’autre fin que celle de gratter la gorge et piquer les yeux. Les souvenirs peuvent produire des larmes simplement parce que le corps y est allergique quand l’âme elle, se complaît dans ce remue-ménage incessant. Les poumons finissent alors par se gorger de cette poudre, laissant parfois la respiration haletante au milieu d’une toux rauque et persistante. C’est que de manière générale, à défaut de pouvoir se séparer de tous ces souvenirs, de toutes ces impressions qui mettent du baume au cœur, on peut simplement tenter de vivre avec en apprenant à voir en ouvrant les yeux à demi, à se racler la gorge pour faire passer ce petit goût râpeux et en prenant son mal en patience.
Il paraît cependant que quand quelqu’un nous manque, on a l’impression d’un grand vide au niveau du thorax. C’est vrai. Mais la poussière dans mes poumons m’empêche paradoxalement de suffoquer. J’ai simplement hâte que la saison des allergies s’achève.
