Il est 7h24 ce matin. J’ai beau me presser un peu plus que d’habitude, je suis intimement persuadée que je vais rater mon train aujourd’hui. J’entends mes talons claquer fort sur le bitume, je me dis que si c’était moi qui vivais au 3ème étage sur rue en ce moment, je passerais ma vie à maudire le bruit faussement séducteur des chaussures. Mais ce matin je n’ai pas le temps de faire attention, tant pis pour les voisins, mon train de toute façon ne m’attendra pas.
La rue de Rome qui me mène à la gare St Lazare est interminable. Les vitrines fermées des luthiers me narguent comme pour me montrer que mon tempo est mauvais et que je suis sur un mauvais rythme.
7h26. J’arrive péniblement au panneau d’affichage. Il est déjà trop tard, mon train est parti. C’est officiel, je serai en retard aujourd’hui. Je m’accorde deux minutes d’immobilité dans la foule des gens qui passent. « serai en retard aujourd’hui, à toute. », c’est ce que j’écris à ma collègue D. pour la prévenir. Le temps d’écrire ces 6 mots et d’appuyer sur « envoyer » que je me sens douloureusement bousculée au plein milieu de ce hall de gare. L’immobilisme n’a pas sa place dans ce lieu où le Mouvement règne en monarque absolu. Le temps s’arrête pour moi en me condamnant à l’attente du prochain train. Mais la vie des autres continue. J’attends d’être de nouveau réintégrée dans ces flux ininterrompus de personnes pour reprendre cette danse forcée. Pendant les 7 prochaines minutes, je ne serai qu’une danseuse raide et immobile au sein d’un ballet en pleine exécution. J’attends. Les rayons de soleil couvrent les rails des trains d’une lumière surréaliste que je tente de capter avec mon téléphone.
