08/18/12

Le goût du sel (1)

Je repense à ces moments assis dans les cours de l’école à compter les billes, aux jeux de carte que j’ai appris et oubliés quelques jours plus tard, aux parties d’échec l’été que je perdais toujours, aux pieds dans la mer, dans l’océan, au sable fin qui colle entre les orteils mais qui donne aux vacances leur vrai goût, le goût du sel.
 Je revois encore les gaufres aux smarties avalées sur la plage. Les virées à la montagne en famille, les balades qui n’en finissaient plus, les après-midi à la piscine entre amis, Phèdre lu sur le rebord d’une piscine municipale. Il y avait aussi cet été à Paris, à faire du playback sur de vieilles chansons, ces journées entières passées dans des musées à visiter ou à travailler, ces voyages en voiture qui semblent toujours durer une éternité et le viaduc de Millau que je ratais toujours en m’endormant quelques instants avant. Il y aussi ces jeux un peu bête que l’on fait pour passer le temps, ces séances de cinéma pour échapper à la chaleur, cette errance dans les rues toulousaines, juste pour regarder les briques et se dire que c’est beau, ce voyage à Narbonne entre filles qu’on n’aura pas fait, ce petit goût d’Espagne pour souffler entre deux phases d’étude.
Toulouse
Toulouse, mars 2013
Il y a bien entendu ces longues routes vides, cette route 66, ces moments à dormir sur la bande d’arrêt d’urgence parce qu’il ne faut pas avoir d’accident, cette climatisation qui n’en finissait plus de nous rafraîchir dans le désert, quitte à faire fondre le radiateur. J’oublie certainement ces étés en famille, ceux qui paraissent un peu lointains mais dont quelques images soudaines me parviennent toujours à l’esprit, comme le partage de cette salade de fruits en boîte, il y a bien dix ans de cela. Le plaisir de partir, mais aussi le plaisir de rentrer à la maison, de lire mes cartes postales et d’y répondre. Il y a ce dessin dans ce manuel de géographie réalisé sur une plage bretonne, toutes ces photos qui s’entassent dans mon disque dur. Puis il y a bien sûr ces paysages à couper le souffle, les virages qui donnent la nausée, les choses qu’on oublie avant de partir, en partant.
Alors on rit, on immortalise chacun de ces instants pour qu’ils gardent leur goût de sel avant que septembre ne revienne nous rappeler à l’ordre. Du coup, on triche un peu, on biaise, on rentre le ventre ou on se prend de profil, pour la postérité, pour montrer plus tard.  
Mais j’aurai 21 ans demain et plus assez de doigts ni de doigts de pieds pour compter et classer tous ces souvenirs par années. Ne restera alors que le goût du sel sous la langue.