08/9/12

En Californie

Il fallait boucler cette année très faste en émotions sur quelque chose de grand : j’ai choisi les Etats-Unis pour de multiples raisons, et aussi parce que c’est très grand, interminable, un espace sans début ni fin, un espace qui n’est pas dans la demi mesure. Il fallait marquer une sorte de rupture après ces années d’étude, ces mois d’attente, enfouir ses souvenirs quelque part, loin, là-bas, pour en créer de nouveaux. De plus beaux, de plus grands, des souvenirs qui n’en finissent pas de tourner en boucle dans ma tête comme un film qu’on n’arrêterait jamais et dont on ne se lasserait pas. C’est la Californie qui m’a accueillie, San Francisco qui m’a séduite, lui qui m’a ouvert les bras pour ne plus en sortir des semaines durant.
Cette poussière-là, elle, ne gratte les yeux qu’au moment où, à l’aéroport, on doit s’en séparer. Épousseter d’un revers de la main le sable qui reste sur la veste, taper des pieds un peu plus fort pour la secouer et rentrer dans l’avion des images plein la tête, mais rien dans les bras, rien sur la peau. Tout dans le cœur.
J’ai dormi dans des petits motels miteux au fin fond de l’Arizona, j’ai grimpé dans les dunes de sable de la Death Valley, j’ai chanté dans une voiture trop climatisée, j’ai couru le long de routes désertes, j’ai visité un nombre incalculable de petites boutiques situées sur les Highways, j’ai sautillé sur les étoiles de Los Angeles, j’ai papillonné dans les casinos de Las Vegas, j’ai eu le souffle coupé au Grand Canyon, j’ai déambulé dans des villes fantômes, j’ai souri sur des centaines de photos, je me suis moquée de tout ça, j’ai oublié l’espace d’un instant la France et ses habitants, j’ai eu l’impression que nous étions seuls au monde, je me suis perdue dans les rues de San Francisco, je me suis écroulée de fatigue dans des endroits improbables, j’ai pris des trains, des voitures, des métros, des avions, j’ai marché à m’en exploser les semelles de chaussures, j’ai hurlé de rire dans le désert, j’ai apprécié chaque instant, chaque minute, chaque seconde, j’ai imprégné cet environnement de ma présence, à moins que ça ne soit l’inverse, ou les deux en même temps.
Qu’importe : j’ai inspiré un grand coup et ne me suis jamais sentie aussi vivante.