08/28/11

Tasse de thé

Je regarde la tasse vide qui traîne sur le rebord droit de mon bureau et considère le sachet de thé qui baigne dans un fond d’eau froide parsemée de petites taches brunes, ces mêmes taches que je me faisais pourtant une joie d’avaler quelques minutes auparavant. Les lettres d’or Original Earl Grey attirent mon regard, criardes sur le fond jaune de l’étiquette qui pendouille au côté opposé de l’anse fendue, recollée, puis refendue mais enfin recollée. Les cicatrices restantes apparaissent comme le souvenir de toutes ces tasses avalées, ces gorgées brûlantes englouties par pur hédonisme ou pour lutter contre les bras de Morphée devenus trop imposants les soirs de révision pré-concours. En me penchant un peu plus en avant, je peux distinguer le souvenir d’un après-midi parisien ; une promenade dans le 1er arrondissement, l’air chaud du métro soulevant ma jupe noire par pure provocation, pour énerver les filles, celles qui ont des sacs plein les mains et qui luttent quand même contre ce souffle obscène, oubliant les rengaines à la Marilyn.
Tea
J’avais acheté cette tasse non-loin de là, dans une petite boutique rouge, celle du théâtre la jouxtant, le théâtre de 1680, celui dont les comédiens se targuent d’être ensemble et eux-mêmes. Cette tasse comme n-ième preuve d’admiration, comme acte de mécènat à ma microscopique échelle. Pourtant il manque un bout de porcelaine, au milieu de cette même anse, celle qui peut quand même se targuer d’avoir survécu à de nombreuses attaques à base de liquide vaisselle. Un autre souvenir s’y mêle, toujours le même après-midi, mais seize arrondissements plus tard. Une marche ratée à la sortie de métropolitain, un sac rouge qui vole des mains et le bruit déchirant qui scelle la rencontre de la porcelaine sur le pavé. Jurons. Non pas pour la paume de la main écorchée, mais parce que l’objet semble être abîmé. Il faudra attendre mon retour en terre occitane pour tenter de recoller les morceaux, les morceaux éparpillés comme de la poussière blanche. Je touche alors avec délicatesse cette anse fragile, porte à mes lèvres le liquide marron devenu froid, sans le boire. Juste parce que le contact du thé glacé sur ma lèvre supérieure me semble délicat.