Façade d’église
L’inconnu du quotidien.
Cela peut ressembler à un oxymore mais c’est une contradiction que j’essaie de mettre en perspective tous les jours. Tous les jours, la même radio sonne à la même heure, et j’écoute les mêmes animateurs proposer le même jeu où des candidats chaque jour similaires échouent aux mêmes dernières questions. Et je déteste toujours le ton faussement éploré des animateurs qui, cachés sous une chaleur humaniste purement radiophonique, n’en ont au fond absolument rien à faire de cette n-ième défaite. Mais chaque jour, les questions changent et même si je déteste écouter un jeu le matin (c’est d’ailleurs souvent le moment même où je décide, après avoir pesté 50 fois à propos de ma quotidienne non-motivation matinale, de mettre un pied à terre), je ne change jamais la radio.
Quand je sors de chez moi, en ayant tenté de varier le fard à paupière qui finit toujours indubitablement pas être le même, je passe donc devant cette église. L’église Sainte-Germaine. Depuis 5 ans maintenant que je suis dans cet appartement, je n’y ai jamais mis les pieds.
Et tous les jours, lorsque je passe devant et que j’admire son clocher, je me dis qu’il FAUT que j’aille voir ce qu’il s’y passe dedans, admirer les statues christiques, le bénitier, les vitraux, lire les prospectus, la réclame catholique habituelle, hésiter à mettre un cierge, lire la vie des saints, faire claquer les talons sur le marbre, profiter du silence. Mais je ne le fais jamais. Je regarde l’église sans même ralentir le pas en me promettant d’y aller la prochaine fois, sachant pertinemment que je n’irai pas. Parce qu’avoir un espace inconnu dans un paysage appris par coeur, je trouve cela stimulant. Ca ne pimente rien, ça permet juste d’imaginer. Et de se mentir à soi-même en disant que c’est un choix volontaire quand bien même l’on sait qu’il ne faut pas ralentir le rythme pour ne pas être en retard sur le planning préparé des jours à l’avance, dans lequel un instant de rêverie et de déambulation n’est pas prévu.
Faire semblant de garder l’inconnu du quotien pour lui donner un faux relief, un relief de façade d’église où les gens ne se retrouvent que pour écouter un requiem.
