07/13/14

Argentine

Une immensité de paysages pour un pays aux milles couleurs, voilà comment l’on pourrait résumer l’Argentine. Une mois à vadrouiller dans le Nord du pays, perdue dans les dédales de rues de Buenos Aires, envahie le son du tango, par la beauté des chutes d’Iguazu, endormie par les routes interminables qui nous amenèrent jusqu’à Salta.

Puis il y eut les déserts de sel, les déserts tout court, les échos dans les canyons, les lamas, la coca à chiquer pour supporter l’altitude, cet espagnol qu’on ne comprenait pas, la poussière des roches, les cactus, ces couleurs inoubliables et ce maté pour réussir à se lever le matin. Je n’oublie pas toutes ces personnes rencontrées sur le périple, la générosité du monde des voyageurs, ces sourires à répétition, cet air si nouveau, ces sacs bien trop lourd à porter, ces kilomètres de marche, ce kayak sur le Parana, le vin de Mendoza et cette nature imposante. 

 

Carte Argentine

L’Argentine est définitivement un pays qui est rentré dans mon coeur.

01/22/13

Le train

Le ronronnement du train me berce et je sens ma tête cogner de manière répétitive contre la fenêtre. Je n’ose pas encore mettre mes jambes sur le siège vide à côté de moi, mais dieu sait que j’en meurs d’envie. Le trajet est long, interminable. Je vois une multitude de paysages défiler devant moi, du calme de la Beauce au vide de la Creuse. Je regarde les gens monter et descendre, inlassablement la même danse qui se met en scène devant moi. Les corps se meuvent toujours dans une même ritournelle. Ils se lèvent, puis lèvent les bras, agrippent leurs mains sur les sacs dans les portes-bagages, grimacent. Alors la personne la plus proche réalise les mêmes mouvements, dans un mimétisme presque parfait et tous les deux, à l’unisson, courbent l’échine et posent le bagage sur le sol encore instable du TGV. Les deux nuques se redressent, se saluent, et la danse continue. Les épaules se cognent, des corps trébuchent au moment de l’arrêt final. Puis les portes, comme des rideaux de velours, s’ouvrent puis se referment, laissant ces acteurs s’enfuir dans les coulisses de la mémoire. Je constate avec toujours autant de délices que rien ne change à chaque arrêt, que cela soit Châteauroux, Orléans ou Limoges, que cela soit des enfants, des femmes enceintes ou de vieux messieurs, j’assiste toujours à cette danse quasi-universelle. Avec une seule hâte, mettre moi-aussi les pieds sur la scène, participer pour enfin fuir de ce train. 

 

08/9/12

En Californie

Il fallait boucler cette année très faste en émotions sur quelque chose de grand : j’ai choisi les Etats-Unis pour de multiples raisons, et aussi parce que c’est très grand, interminable, un espace sans début ni fin, un espace qui n’est pas dans la demi mesure. Il fallait marquer une sorte de rupture après ces années d’étude, ces mois d’attente, enfouir ses souvenirs quelque part, loin, là-bas, pour en créer de nouveaux. De plus beaux, de plus grands, des souvenirs qui n’en finissent pas de tourner en boucle dans ma tête comme un film qu’on n’arrêterait jamais et dont on ne se lasserait pas. C’est la Californie qui m’a accueillie, San Francisco qui m’a séduite, lui qui m’a ouvert les bras pour ne plus en sortir des semaines durant.
Cette poussière-là, elle, ne gratte les yeux qu’au moment où, à l’aéroport, on doit s’en séparer. Épousseter d’un revers de la main le sable qui reste sur la veste, taper des pieds un peu plus fort pour la secouer et rentrer dans l’avion des images plein la tête, mais rien dans les bras, rien sur la peau. Tout dans le cœur.
J’ai dormi dans des petits motels miteux au fin fond de l’Arizona, j’ai grimpé dans les dunes de sable de la Death Valley, j’ai chanté dans une voiture trop climatisée, j’ai couru le long de routes désertes, j’ai visité un nombre incalculable de petites boutiques situées sur les Highways, j’ai sautillé sur les étoiles de Los Angeles, j’ai papillonné dans les casinos de Las Vegas, j’ai eu le souffle coupé au Grand Canyon, j’ai déambulé dans des villes fantômes, j’ai souri sur des centaines de photos, je me suis moquée de tout ça, j’ai oublié l’espace d’un instant la France et ses habitants, j’ai eu l’impression que nous étions seuls au monde, je me suis perdue dans les rues de San Francisco, je me suis écroulée de fatigue dans des endroits improbables, j’ai pris des trains, des voitures, des métros, des avions, j’ai marché à m’en exploser les semelles de chaussures, j’ai hurlé de rire dans le désert, j’ai apprécié chaque instant, chaque minute, chaque seconde, j’ai imprégné cet environnement de ma présence, à moins que ça ne soit l’inverse, ou les deux en même temps.
Qu’importe : j’ai inspiré un grand coup et ne me suis jamais sentie aussi vivante.