07/13/14

Argentine

Une immensité de paysages pour un pays aux milles couleurs, voilà comment l’on pourrait résumer l’Argentine. Une mois à vadrouiller dans le Nord du pays, perdue dans les dédales de rues de Buenos Aires, envahie le son du tango, par la beauté des chutes d’Iguazu, endormie par les routes interminables qui nous amenèrent jusqu’à Salta.

Puis il y eut les déserts de sel, les déserts tout court, les échos dans les canyons, les lamas, la coca à chiquer pour supporter l’altitude, cet espagnol qu’on ne comprenait pas, la poussière des roches, les cactus, ces couleurs inoubliables et ce maté pour réussir à se lever le matin. Je n’oublie pas toutes ces personnes rencontrées sur le périple, la générosité du monde des voyageurs, ces sourires à répétition, cet air si nouveau, ces sacs bien trop lourd à porter, ces kilomètres de marche, ce kayak sur le Parana, le vin de Mendoza et cette nature imposante. 

 

Carte Argentine

L’Argentine est définitivement un pays qui est rentré dans mon coeur.

08/9/12

En Californie

Il fallait boucler cette année très faste en émotions sur quelque chose de grand : j’ai choisi les Etats-Unis pour de multiples raisons, et aussi parce que c’est très grand, interminable, un espace sans début ni fin, un espace qui n’est pas dans la demi mesure. Il fallait marquer une sorte de rupture après ces années d’étude, ces mois d’attente, enfouir ses souvenirs quelque part, loin, là-bas, pour en créer de nouveaux. De plus beaux, de plus grands, des souvenirs qui n’en finissent pas de tourner en boucle dans ma tête comme un film qu’on n’arrêterait jamais et dont on ne se lasserait pas. C’est la Californie qui m’a accueillie, San Francisco qui m’a séduite, lui qui m’a ouvert les bras pour ne plus en sortir des semaines durant.
Cette poussière-là, elle, ne gratte les yeux qu’au moment où, à l’aéroport, on doit s’en séparer. Épousseter d’un revers de la main le sable qui reste sur la veste, taper des pieds un peu plus fort pour la secouer et rentrer dans l’avion des images plein la tête, mais rien dans les bras, rien sur la peau. Tout dans le cœur.
J’ai dormi dans des petits motels miteux au fin fond de l’Arizona, j’ai grimpé dans les dunes de sable de la Death Valley, j’ai chanté dans une voiture trop climatisée, j’ai couru le long de routes désertes, j’ai visité un nombre incalculable de petites boutiques situées sur les Highways, j’ai sautillé sur les étoiles de Los Angeles, j’ai papillonné dans les casinos de Las Vegas, j’ai eu le souffle coupé au Grand Canyon, j’ai déambulé dans des villes fantômes, j’ai souri sur des centaines de photos, je me suis moquée de tout ça, j’ai oublié l’espace d’un instant la France et ses habitants, j’ai eu l’impression que nous étions seuls au monde, je me suis perdue dans les rues de San Francisco, je me suis écroulée de fatigue dans des endroits improbables, j’ai pris des trains, des voitures, des métros, des avions, j’ai marché à m’en exploser les semelles de chaussures, j’ai hurlé de rire dans le désert, j’ai apprécié chaque instant, chaque minute, chaque seconde, j’ai imprégné cet environnement de ma présence, à moins que ça ne soit l’inverse, ou les deux en même temps.
Qu’importe : j’ai inspiré un grand coup et ne me suis jamais sentie aussi vivante.
10/31/11

Bons baisers de Pins Justaret

L’expérience de la solitude est une expérience bien fascinante, surtout lorsqu’elle est éprouvée vers vingt heures dans une gare déserte de la périphérie péri-urbanisée de la banlieue toulousaine. Quand il fait près de 5°C et que le vent d’autan souffle comme jamais. Qu’on a deux gros sacs et que les seules personnes pour vous tenir compagnie sur cet unique banc en béton sont les horribles visages dessinés à la bombe sur le mur en tôle d’en face.

La question n’est pas tant de savoir comment je suis malencontreusement arrivée sur ce banc, devant cette voie de chemin de fer unique, qui sert autant les allers que les retours, devant cette usine désaffectée, n’ayant d’autres occupations que de lire les graffitis tous plus grossiers les uns que les autres, gravés sur un mur jaunâtre qui ne mérite pas mieux. L’histoire serait drôle, drôle a posteriori, fatalement drôle donc. Mais ce qui est intéressant dans ce genre de situation, c’est la fraction de seconde où la solitude est ressentie non pas comme une douleur, mais comme un profond sentiment de non-être. Ou plutôt d’être au sein d’une immensité sans limite. Ce moment précis où l’on descend du train sans savoir où l’on est, ni pourquoi on y est. Ne pas être seulement perdu, mais être aussi face à son propre désarroi. Attendre une demi-heure, une heure, une heure et demi dans le froid et la solitude, non pas des champs de coton, mais de ces gares désaffectées. Les ampoules des lampadaires sont vacillantes, et l’espoir d’un retour prochain toujours déçu lorsque l’on prend les phares des voitures qui déboulent sur la départementale d’à côté pour la lumière messianique des phares de TER. On peut toujours tenter de tourner en rond, mais le contraste entre l’immensité du vide et l’étroitesse du quai est saisissante. Se sentir écartelé entre l’infiniment grand de la solitude, et l’horriblement petit de l’espace à s’approprier. Heureusement les téléphones sont là pour épancher cette solitude, pour avoir l’impression d’avoir ses proches dans sa poche. On se ronge un ongle. Puis un deuxième. Debout. Assis. Collé pour le mur. Contre le poteau. On relit l’affichage. Toutes les deux minutes. Encore un ongle. On se frotte les mains parce qu’il fait vraiment froid. Un train qui passe dans le sens inverse. Deux minutes. On tourne en rond. On répond aux SMS en retard. Trois minutes. Le temps n’a jamais défilé aussi lentement que dans cette gare de Pins-Justaret. Juste Arrêt. Je crois qu’elle porte finalement bien son nom. Et c’est bien là  sa seule qualité, celle de se prêter aux désespérants jeux de mots, dans la solitude du vent glacé qui fait frémir en se glissant sous les vêtements.

10/16/11

Miettes philosophiques

Les miettes de pain qui tombent au hasard dans les trains sont un peu comme tous ces souvenirs de voyage quand celui-ci vient de s’achever. Je me suis fait cette réflexion en regardant l’homme bedonnant qui partageait mon compartiment. Compartiment qui me donne d’ailleurs toujours l’impression de retourner un siècle en arrière, de parcourir la Russie en Transsibérien ; triste comparaison lorsque ce n’est que la Beauce qui est traversée. Peut-être ai-je trop lu Michel Stroggoff… Quoiqu’il en soit, alors qu’il était aux alentours de 13 heures, que ma voisine de droite avait achevé de manger son sandwich, que j’avais, dans un élan mimétique, commencé le mien, l’homme d’en face m’imita à son tour. Les miettes se mirent donc à tomber petit à petit sur sa chemise mal repassée, à s’effondrer sur son jean pour finir écrasées contre la moquette du Teoz. Et tandis qu’il mâchait lentement les morceaux de jambon enrobés d’une sauce blanche, je me disais qu’il était certainement en train d’avaler les détails d’une très longue journée, que ses papilles se délectaient de ce phénomène étrange qu’est l’analepse, que sa langue assimilait les goûts, les couleurs, les odeurs, les mélangeait dans un bouillon de sensations qu’il fallait ensuite digérer. Mais il y avait ces morceaux de croûte de pain sur son ventre, ces mêmes miettes que j’avais moi-même envoyées valser dans les airs alors qu’elles s’accrochaient à la laine de ma robe. Lui les a gardées sur lui pendant tout le voyage, pendant 4 heures, avant de se lever pour attraper sa valise, me sourire et descendre du train comme s’il n’avait jamais quitté Paris. Comme si le fait même de garder ces miettes prolongeait un peu son voyage, comme si finalement lui-même s’accrochait à quelque chose qui avait vécu ce même déracinement. J’ai fini par trouver ces miettes presque poétiques, mais puisque les souvenirs finissent toujours par gratter quand ils se glissent entre la chemise et la peau, je me suis dit qu’il valait peut-être mieux les écraser contre la moquette du train. J’ai alors arrêté de penser à ces fragments de vie et ai repris ma lecture du Voyage au bout de la nuit.