09/4/16

Nitroglycérine perverse

Tu penses aux autres en te regardant le nombril et tu parles tellement qu’on en respire mal. Tu es bleue dans la tête, parce que cela fait bien, surtout sur ta page bleue, rouge dans le coeur parce que c’est plus correct et noir dans les jambes parce qu’il faut bien courir. Tu parles de religion parce que tu penses cela important, mais finalement la pensée religieuse, tu n’en vois que les flèches qui indiquent la pensée d’autrui sur Twitter. Autrui est un autre je. Autrui est je.

Tu parles politique aussi parce que tu es engagée. L’engagement c’est d’ailleurs la base de ton existence, sauf dans tes relations amoureuses, amicales, professionnelles, sexuelles, musicales. Trahir, c’est finalement toujours s’engager.

Tu écris un peu, chante parfois, souffle dans ton pipeau pour faire croire que tu as tout vu, tout traversé, tout entendu. Ta sagesse hypocrite te conforte dans ta solitude. Celle que tu ne vois pas. Ne sens pas. N’entends pas. Comme la rumeur qui s’étale grassement avec le vent et l’odeur acre de tes mensonges. Tu es belle et tu le sais. Mais pas belle comme tu le penses, belle comme la mer qui s’apaise après une tempête mais qui charrie avec elle les sacs plastiques dégueulasses laissés sur la plage le dimanche. Belle comme un oubli volontaire. Belle comme leur déchirure.

Tu manges fort, tu parles encore trop, tu te regardes dans le miroir et tu vois une personne fiable, dynamique, courageuse. Tartufe polymorphe, nitroglycérine perverse, tu contemples l’explosion de ton image en multiples fragments numériques, comme autant de nouveaux reflets dans lesquels admirer l’effroyable hydre de Lerne qui naît du haut de tes cheveux bouclés.

 

08/29/16

Ecrire comme respirer

Il paraît qu’il faut écrire pour respirer. Qu’on apprend à écrire qu’en écrivant. On écrit d’ailleurs que pour apprendre à écrire. Je vois les autres écrire, parler, publier, utiliser les mots avec une plus grande élasticité qu’un chewing-gum, manipuler le verbe comme on tord un cintre. Je les lis, j’admire et je respire. Le grand air.

Il fait chaud où je suis assise, coincée contre un mur pour qu’on ne voit pas mon écran, pour écrire sans en avoir l’air, écrire en tapant juste des mots sur un clavier noir, comme on taperait un email anodin ou un rapport important. J’oublie juste que le mur est de verre, donc transparent. Pourtant il me faut écrire. Du moins réapprendre à écrire. Il semblerait que la littérature, ou du moins les tentatives de littérature, ou tout simplement les lettres tapées sur un clavier noir se suffisent à elles-mêmes, s’exprimant dans un open space faussement moderne comme dans un cahier d’écolier.

10/18/15

Le charme discret du vendeur de violons

Il est 7h24 ce matin. J’ai beau me presser un peu plus que d’habitude, je suis intimement persuadée que je vais rater mon train aujourd’hui. J’entends mes talons claquer fort sur le bitume, je me dis que si c’était moi qui vivais au 3ème étage sur rue en ce moment, je passerais ma vie à maudire le bruit faussement séducteur des chaussures. Mais ce matin je n’ai pas le temps de faire attention, tant pis pour les voisins, mon train de toute façon ne m’attendra pas.

La rue de Rome qui me mène à la gare St Lazare est interminable. Les vitrines fermées des luthiers me narguent comme pour me montrer que mon tempo est mauvais et que je suis sur un mauvais rythme.

7h26. J’arrive péniblement au panneau d’affichage. Il est déjà trop tard, mon train est parti. C’est officiel, je serai en retard aujourd’hui. Je m’accorde deux minutes d’immobilité dans la foule des gens qui passent. « serai en retard aujourd’hui, à toute. », c’est ce que j’écris à ma collègue D. pour la prévenir. Le temps d’écrire ces 6 mots et d’appuyer sur « envoyer » que je me sens douloureusement bousculée au plein milieu de ce hall de gare. L’immobilisme n’a pas sa place dans ce lieu où le Mouvement règne en monarque absolu. Le temps s’arrête pour moi en me condamnant à l’attente du prochain train. Mais la vie des autres continue. J’attends d’être de nouveau réintégrée dans ces flux ininterrompus de personnes pour reprendre cette danse forcée. Pendant les 7 prochaines minutes, je ne serai qu’une danseuse raide et immobile au sein d’un ballet en pleine exécution. J’attends. Les rayons de soleil couvrent les rails des trains d’une lumière surréaliste que je tente de capter avec mon téléphone.

02/9/15

La Truite Blanche

En juillet 2014 dernier, je me retrouvais devant une bière en compagnie d’un metteur en scène, d’un directeur artistique et d’un chef d’orchestre. Ensemble, enthousiasmés par les beaux jours arrivant, par l’aspect intemporel et agréable du moment, nous décidions de monter une pièce. Comme ça. Avec comme seule consigne que celle-ci soit « inspirée de contes irlandais. »
Aussitôt dit, un an plus tard, c’était aussitôt fait !
Et voici donc une troupe créée, une pièce écrite et des morceaux de musique composés pour l’occasion.

C’est ainsi que naquit « La Truite Blanche ».

Je me ferai un plaisir de vous y croiser le premier week-end de mars à Lyon !

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La Truite Blanche